De la pensée caca
Merkel, Mélenchon, Cohn-Bendit
Parce que voilà une quaquasi-cacaricature de la « pensée » contemporaine, je n’ai su résister à la tentation bien pardonnable d’un petit commentaire.
Trois personnages sont en lice, qui ne sont pas parmi les moindres petits consommateurs sortant, la démarche ébrieuse, d'un café du commerce :
Angela Merkel, qui a cru bon de déclarer à la cantonade (je veux dire, non dans quelque boudoir privé où se tiennent les propos badins et préambulatoires aux grands sommets de ce monde) qu’elle trouvait insuffisantes ou insuffisamment rapides les réformes engagées par l’exécutif français.
Jean-Luc Mélenchon, qui, avec le verbe affûté qu’on lui connaît, la prie de s’occuper de ses rangs de poireaux.
Enfin, last but not least, Daniel Cohn-Bendit ex eurodéputé, ex consultant sportif, ex etc.. (on aimerait savoir de quoi ex il n’est pas encore – mais, là, je suis coupable de mon ignorance, et n’en ai cure : je ne m’intéresse pas à la presse people), qui souhaite corriger Mélenchon avec une économie de moyens admirable ne serait-ce que parce qu’elle est tout à fait dans l’air du temps : ce serait raciste de critiquer Angela Merkel (Angela Merkel serait donc une race à elle toute seule). On pointera au passage la rustique binarité du bouton conceptuel qui a trop servi, sans doute, à jeter l’opprobre et en a perdu un peu de son ressort : Raciste/Pas raciste corrélé à Caca/Bien.
Evidemment, l’époque a les philosophes qu’elle mérite.
On pourrait rappeler à Daniel Cohn-Bendit, et sans se mettre en grands frais, que si la pensée économique domine, une économie de pensée est doublement malvenue :
1 – ce n’est pas avec une telle indigence qu’on s’en sortira (de quoi au juste ?).
2 – la pensée est un domaine où, pour quelque finance que ce soit, penser richement n’est pas plus coûteux que penser pauvrement, l’énergie cérébrale en jeu pour produire des âneries et celle pour construire une pensée sainement dialectique étant, au joule près, la même.
S’interroger n’est a priori pas interdit. Et sur les réformes françaises, si un avis émis par des intances officielles européennes est audible, il l’est moins de la part de la chancelière d’un Etat membre. C’est autant de coups de griffes reçus par l’Europe et ses solidarités ! L’Histoire ne s’est pas montrée avare de sombre ironie. Il serait cocasse que, sous couleur d’Europe, c’est un pangermanisme renové qui finisse par tomber le masque.
L’imbécile à qui on montre un malaise regardera le doigt.
Si un miroir reflète la fange, c’est le miroir qu’il accusera !
Mais que fera-t-on (et là je prends le pronom le plus indéfini qui soit), que fera-t-on si, malgré les réformes, la dette publique ne fléchit pas, les 3% devenus inatteignables ? Prendre la Suède en modèle ?
Ou faire preuve d’originalité, à laquelle en appelle Régis Debray ?
En vérité, un libéralisme réducteur de têtes répand ses métastases, cassant les alternatives à sa violence, brisant un peu partout le génome des solidarités pour mieux asseoir les avidités individuelles, c’est-à-dire, non pas l’individualisme, mais l’égoïsme, tellement plus profitable.
Et comme tout cancer, il se généralise.
A Paris, 35 000 personnes vivent dans la rue. Combien quand on sera dans « les clous » des 3% ?
8 décembre 2014
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